Libération / DSK : l’Etat français aggrave son cas

Libération 10/12/11

ANALYSE

En appelant le bureau du procureur de New York pour lui livrer des informations concernant l’affaire du Carlton de Lille, deux hauts fonctionnaires français ont trangressé la loi.

Par ERIC DECOUTY

C’est une affaire dans l’affaire. Le soupçon d’une intervention de l’Etat français dans le scandale du Sofitel. Les faits sont simples. Comme Libérationl’a révélé vendredi, deux hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay et du ministère de la Justice ont alerté, le 15 mai, les services du procureur de New York sur la possible implication de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Carlton de Lille. Une démarche qui aurait eu une incidence directe sur l’incarcération de DSK, le lendemain, à la prison de Rikers Island.

Si les autorités françaises ont apporté vendredi un démenti vigoureux, les services du procureur de New York, n’ont nullement nié l’intervention de Paris, se contentant d’expliquer que «le dossier était protégé par le tribunal»américain (lire aussi page 4). Mais si cette affaire est susceptible d’éclairer d’une lumière crue certaines pratiques au plus niveau de l’Etat, elle n’est pas de nature à remettre en cause le fond du dossier du Sofitel.

L’intervention de deux ministères et les faits d’agression sexuelle reprochés à DSK contre Nafissatou Diallo constituent clairement deux chapitres distincts de l’histoire. L’intrusion de l’Etat dans la procédure américaine ne peut en aucun cas dédouaner l’ancien patron du FMI des accusations qui ont été portées contre lui. Elles ne peuvent également nourrir l’hypothèse d’un quelconque complot. En revanche, elles renforcent l’hypothèse de la surveillance étroite dont faisait l’objet le favori des sondages pour l’élection présidentielle. Et de la connaissance approfondie qu’avaient les services français de la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Libération revient dans le détail sur les principales questions que posent les appels téléphoniques du dimanche 15 mai au bureau du procureur Cyrus Vance Jr.

QUI A TéLéPHONé LE 15 MAI ?

Selon nos informations, ce sont bien deux conseillers, l’un officiant au Quai d’Orsay et l’autre au ministère de la Justice, qui ont transmis des informations à John McConnell, l’adjoint du procureur Cyrus Vance Jr., le 15 mai, au lendemain de l’interpellation de Dominique Strauss-Kahn.

Ces appels seraient intervenus «dans l’après-midi» (heure new-yorkaise), après que les avocats de Dominique Strauss-Kahn eurent négocié un accord avec le bureau du procureur pour sa remise en liberté, contre le versement d’une caution (250 000 dollars ou plus, le chiffre n’était pas définitivement fixé). Cet accord avait été obtenu à 16 heures, avant que le procureur ne change d’avis à 20 heures.

Longuement interrogés à plusieurs reprises par Libération, les deux conseillers ont démenti avoir passé ces coups de téléphone, et parlent de«manipulations et d’informations inventées». Mais ils suggèrent également«qu’on a pu utiliser leur ligne de téléphone». Il reste néanmoins troublant que leurs noms apparaissent bel et bien dans le dossier Strauss-Kahn à New York.

QUELLES INFORMATIONS ONT éTé DONNéES ?

Lorsqu’il intervient devant la juge Melissa Jackson, le lundi 16 mai, pour s’opposer à la remise en liberté sous caution de DSK, John McConnell précise avoir obtenu «des informations supplémentaires [à propos de DSK] sur une base quotidienne concernant sa conduite et ses antécédents [«background»en anglais]». Il ajoute : «Certaines de ces informations comportent le fait qu’il a en réalité eu une conduite similaire à celle qui lui est reprochée par la plaignante à aumoins une autre occasion.» Tout le monde spécule alors sur le fait que le bureau du procureur a eu vent de l’affaire Tristane Banon. Mais, selon les sources contactées par Libération, les «informations supplémentaires» dont fait part John McConnell vont plus loin. Lors des deux appels passés depuis les ministères français, des références auraient ainsi été faites à l’éventuelle implication de Dominique Strauss-Kahn «dans une affaire de prostitution dans le Nord de la France». Une référence claire à l’affaire du Carlton de Lille. Un dossier qui est pourtant couvert par le secret de l’instruction.

QUE SAVAIT-ON DE L’AFFAIRE DU CARLTON LE 15 MAI ?

Publiquement strictement rien. Ce n’est qu’au mois d’octobre que l’affaire est apparue dans la presse avec la révélation d’un réseau de prostitution lié à l’hôtel Carlton de Lille. Dans la foulée, le nom de Dominique Strauss-Kahn a été cité comme ayant participé à des parties fines avec des chefs d’entreprises et des policiers. Le 15 mai, les deux hauts fonctionnaires qui auraient conversé avec le procureur Vance ne peuvent donc prétendre avoir entendu parler de l’affaire du Carlton dans la presse…

A cette date, les juges de Lille, Stéphanie Ausbart et Mathieu Vigneau, enquêtent depuis le 28 mars sur un dossier de «proxénétisme aggravé en bande organisée, association de malfaiteur et blanchiment». Tout est parti, un mois plus tôt, d’écoutes téléphoniques qui ont permis de mettre au jour un réseau de proxénétisme. Des cadres du Carlton et un proxénète résidant en Belgique sont vite dans le collimateur des enquêteurs mais, au 15 mai, aucune poursuite n’a été formellement engagée. Quant au nom de Dominique Strauss-Kahn, il apparaît littéralement dans la procédure, à travers de nouvelles écoutes, le 15 mai. Deux acteurs de l’affaire du Carlton commentent en effet ensemble l’épisode de la veille au Sofitel de New York.

En revanche, il est vraisemblable, que les policiers aient été de longue date au courant des relations de DSK avec certains milieux lillois. Bien avant que son nom n’apparaisse officiellement dans la procédure.

L’INTERVENTION EST-ELLE LéGALE ?

L’affaire du Carlton de Lille, comme toute information judiciaire est couverte par le secret de l’instruction. Au 15 mai, seuls les juges, le parquet et la police, ont connaissance de l’enquête. Aucune personne n’ayant été mise en examen, pas un seul avocat n’a pu avoir accès au dossier.

Toutefois, de façon parfaitement légale, le parquet de Lille a pu faire un rapport à sa hiérarchie, remonté à la chancellerie. De la même manière, comme dans tous les «dossiers signalés» (ce qui était le cas du Carlton), il est tout à fait plausible que les services de police aient rendu compte, dans le détail, de leurs investigations à la Direction générale de la police nationale (DGPN), place Beauvau.

Les cabinets des ministres de l’Intérieur et de la Justice pouvaient donc avoir connaissance de la procédure et de son «environnement», c’est-à-dire des développements à attendre de l’enquête.

Mais tous sont strictement soumis au secret de l’instruction avec interdiction de le violer sous peine de poursuites pénales… De surcroît, les échanges judiciaires entre Etats sont strictement soumis à des procédures d’entraide, très précises. S’il est avéré que des services de l’Etat ont parlé de l’affaire du Carlton à la justice américaine, le 15 mai, cette intrusion est donc totalement illégale.

LES QUESTIONS ENSUSPENS

Si Cyrus Vance Jr., le procureur de New York, confirme publiquement les coups de fil des deux ministères français, il renforcera le soupçon de la «surveillance» étroite dont faisait l’objet DSK par les services de renseignement. Le 28 avril, lors d’un déjeuner avec Libération, Strauss-Kahn disait redouter les mauvais coups et confiait avoir de fortes présomptions d’être surveillé. Au plus haut niveau et jusqu’à l’Elysée.

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Libération / DSK : l’appel du Quai d’Orsay au procureur

Libération 09/12/11

INFO LIBE Selon nos révélations, des fonctionnaires de deux ministères français auraient, dès le 15 mai, informé Cyrus Vance Jr. de l’affaire de prostitution à Lille.

Par FABRICE ROUSSELOT De notre correspondant à New York

Si la journée du 14 mai est au centre de toutes les attentions depuis deux semaines dans l’affaire du Sofitel, les événements qui se sont déroulés le lendemain suscitent, eux aussi, des interrogations légitimes. Selon des informations obtenues par Libération, recoupées auprès de plusieurs sources, un accord avait été conclu entre les avocats de Dominique Strauss-Kahn et le bureau du procureur Cyrus Vance Jr. le dimanche 15 mai quant à la libération sous caution du directeur du FMI. Avant que les procureurs ne changent d’avis en fin de soirée sans en donner la raison et décident finalement de s’opposer à la remise en liberté devant la cour criminelle de Manhattan.

Caution. Dès son interpellation à l’aéroport Kennedy le samedi, DSK avait été acheminé par la police vers la Special Victims Unit, un commissariat de Harlem spécialisé dans les affaires de mœurs. C’est là que ses avocats, William Taylor et Benjamin Brafman, viendront le rejoindre le dimanche. Selon nos informations, quand les deux hommes quittent le commissariat vers 16 heures, ils ont alors un accord avec le bureau du procureur pour libérer DSK contre versement d’une caution. La dernière somme discutée est de 250 000 dollars (187 400 euros), «même si cela peut encore évoluer».Mais, à 20 heures, la défense de DSK aurait reçu un coup de téléphone de Lisa Friel, la chef du bureau du procureur en charge des crimes sexuels, pour annoncer «que les choses avaient changé et qu’il n’y avait plus d’accord sur la caution».

Plus troublant, trois sources différentes, contactées par Libération, font état de deux coups de téléphone «français» passés dans l’après-midi du 15 mai à John «Artie» McConnell, l’un des adjoints du procureur en charge de l’affaire. Deux de ses sources parlent d’appels émanant de deux fonctionnaires, l’un travaillant pour le ministère des Affaires étrangères et l’autre pour le ministère de la Justice français. Des éléments auraient alors été transmis à John McConnell sur l’affaire Tristane Banon mais également sur une éventuelle implication de DSK «dans une affaire de prostitution dans le nord de la France». Ce qui ressemble à une référence au scandale du Carlton de Lille. Un dossier pourtant couvert par le secret de l’instruction.

Intervention. Dès le lendemain, le 16 mai, le même John McConnell affirmait devant la juge Melissa Jackson «avoir reçu des informations selon lesquelles [DSK] avait une conduite similaire à celle qui lui est reprochée par la plaignante à au moins une autre occasion» afin de justifier son incarcération. Sans autre explication. Si ces informations sont confirmées, elles seraient explosives, puisqu’elles signifieraient une intervention française très rapide pour partager des éléments à charge contre DSK, et qui auraient eu pour conséquence de l’envoyer dans la prison de Rikers Island. Joint parLibération, le bureau de Cyrus Vance Jr. a dit «ne pas vouloir commenter».Lisa Friel, qui avait ensuite été déchargée du dossier DSK et travaille désormais dans le privé, a fait savoir, par l’intermédiaire de sa porte-parole, qu’il fallait «renvoyer toutes les questions au bureau du procureur», en assurant qu’elle n’avait pas participé directement aux discussions sur la caution. Les deux fonctionnaires aux ministères des Affaires étrangères et de la Justice nous ont formellement et «catégoriquement» démenti avoir appelé les procureurs. Une façon de répondre à ces nouvelles questions serait peut-être pour Cyrus Vance Jr. de diffuser l’intégralité du rapport qu’il a rendu public le 22 août pour justifier l’abandon des poursuites contre DSK. Le document remis à la presse faisait alors 25 pages mais, selon nos informations, il comptait 70 pages dans sa forme originelle, et notamment de nombreux détails sur le 15 mai…

(video) Liberation / «Allô la police de New York ? Ici le Sofitel»

Libération 08/12/11

Retrouvez en intégralité (4 minutes et 27 secondes) l’appel des agents de sécurité du Sofitel à la police de New York pour signaler l’agression sexuelle sur l’employée Nafissatou Diallo le 14 mai 2011.

Cet enregistrement a été mis en ligne par le journaliste Edward Jay Epstein, qui diffuse aussi la scène de l’appel filmée par une caméra de surveillance dans une version plus longue que diffusée par la télévision hier. Nafissatou Diallo est assise et attend pendant que la sécurité appelle la police (voir la vidéo).

TAPE A–THE SECURITY BOOTH

TAPE B- THE VICTORY DANCE IN SLOW MOTION

TAPE C- THE AUDIO OF THE 911 CALL

BFM TV / La Vidéo du Sofitel

BFMTV 08/12/11

http://www.bfmtv.com/affaire-dsk-la-video-du-sofitel-de-new-york-actu20189.html

BFMTV vous dévoile en exclusivité 5 minutes des images les plus marquantes des caméras de surveillance du Sofitel, prises le 14 mai dernier.

Le Monde / Une note policière sur la vie privée de DSK avait bien été rédigée fin 2006

Le Monde 05.12.11 par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Claude Guéant a finalement reconnu, dans un entretien accordé au Journal du dimanche du 4 décembre, que le pouvoir détenait depuis plusieurs années des informations sur la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Interrogé sur le fait de savoir si l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) avait été interpellé au mois de décembre 2006 dans le bois de Boulogne, un lieu fréquenté par les prostituées parisiennes, le ministre de l’intérieur a répondu :« Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle M. Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit, lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là! »

M. Guéant confirme ainsi les informations contenues dans un article publié par Le Monde le 25mai dans lequel il était expliqué que l’Elysée, informé par la police de la vie intime des personnalités, n’hésitait pas à en faire état auprès de journalistes réputés « sûrs » afin de discréditer  ses cibles.

Des proches du chef de l’Etat avaient ainsi tenté de faire fuiter, au début de cette année, le contenu d’une note visant DSK, avant d’y renoncer – provisoirement – du fait de son arrestation à New York. L’article évoquait ainsi « une note, rédigée peu avant la présidentielle de 2007, par un policier de la base, (…) signalant la présence de M. Strauss-Kahn, surpris en fâcheuse posture dans une voiture, à l’ouest de Paris, dans un haut lieu des rencontres tarifées ».

Selon plusieurs sources, cette note administrative fut ensuite passée à la broyeuse, mais son contenu divulgué à quelques journalistes lorsqu’il apparut que Dominique Strauss-Kahn serait le principal adversaire de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012.

En mai 2011, ces informations avaient pourtant été vivement démenties par le pouvoir. Alain Gardère, à l’époque directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant au ministère de l’intérieur, avait été jusqu’à nier l’existence de cette note dans une réponse au député socialiste Jean-Jacques Urvoas. Ce dernier l’avait interpellé par courrier après la parution de l’article du Monde.

« S’agissant de M. Strauss-Kahn, après recherches, il apparaît bien qu’aucun compte rendu administratif concernant sa vie privée n’existe, et a fortiori n’a circulé en provenance de la police », avait répondu, le 8 juillet, l’ancien patron de la sécurité publique parisienne. « Je veux donc réfuter avec force les insinuations ou accusations calomnieuses d’œuvres de basse police qui discréditent sans fondement la police nationale », avait assuré M. Gardère, nommé fin août préfet délégué à la sécurité à Marseille.

Le fait que M. Guéant ait finalement décidé d’exploiter le contenu de cette note relative à la vie privée de M. Strauss-Kahn – qui n’avait commis aucun délit lors de sa brève interpellation fin 2006 – intervient alors que réapparaissent, ces derniers jours, des rumeurs suggérant que l’ex-directeur du FMI aurait pu être victime d’un piège, voire d’un complot, mené par l’UMP afin de le « faire tomber » à New York dans une affaire de mœurs.

La sortie de M.Guéant lui a valu de vives critiques de l’opposition, dimanche. Sur Radio J, le député (PS) de l’Essonne Julien Dray a déclaré que les ministres de M.Sarkozy « ont tendance à considérer qu’une manière de régler les conflits politiques, c’est d’utiliser les officines, les ragots ».

L’ancien premier ministre Laurent Fabius a estimé, pour sa part, qu’un ministre de l’intérieur devait « s’occuper d’autre chose que des poubelles »« On vous pose une question : vous êtes au courant et vous dites pas la vérité? Claude Guéant le dit et il a entièrement raison », a de son côté justifié le ministre du travail, Xavier Bertrand, sur France 3.

Commissaire Georges Moreas : Qui a volé le téléphone de DSK ?

http://moreas.blog.lemonde.fr/

Blog de Georges MOREAS, Commissaire de Police honoraire 04/12/11

« M. Strauss-Kahn n’était pas espionné par la police française ! C’est scandaleux de le prétendre aujourd’hui… », vient de déclarer le ministre de l’Intérieur au JDD. Et pourtant, on peut s’interroger…

Dans ce marmitage médiatique autour de DSK, le plus troublant, c’est ce téléphone qui a mystérieusement disparu dans la suite présidentielle du Sofitel de New York.Cela pourrait bien être le nœud de l’affaire. Or, avec le recul, il semble que l’on ait un peu vite zappé sur cette disparition : une pièce du puzzle qui s’emboîte pilepoil dans cette matinée du 14 mai 2011.

M. Strauss-Kahn aurait, explique le journaliste américain Edward Epstein, appelé son épouse avec cet appareil à 10 heures 07, pour lui dire qu’il avait un gros souci avec son BlackBerry, et qu’il désirait le faire examiner par un technicien dès son arrivée à Paris. À 12 heures 28, il quitte l’hôtel. 23 minutes plus tard, pratiquement au moment même où Nafissatou Diallo est prise en charge par le service de sécurité de l’hôtel, l’appareil est désactivé. Ce n’est donc pas lui qui l’a éteint, puisqu’il ne l’avait plus.

Si C pas DSK, CKI ?

Pour tout un chacun, la perte ou le vol de son mobile est un coup dur. On peut y perdre des choses essentielles, comme ses contacts ou ses applications, mais surtout, c’est un bout de sa vie privée qui risque de tomber entre de mauvaises mains. Alors, imaginez, pour le directeur du FMI…  C’est tellement vrai qu’un représentant du Fonds s’est présenté devant les policiers new-yorkais afin d’en demander la restitution. Car on peut faire avouer bien des choses à la mémoire interne d’un téléphone. Ce que les spécialistes appellent la rétro-ingénierie. Toutefois, le plus intéressant, pour quelqu’un de malveillant, ce n’est pas d’autopsier un téléphone, mais l’usage qui en est fait. Et là, c’est beaucoup plus simple.

Aujourd’hui, même si c’est illégal, l’espionnage d’un mobile est un jeu d’enfant. Pour cela, il suffit d’un petit logiciel. Une entreprise suisse tient la corde dans ce domaine.Pour quelques centaines d’euros, elle vous envoie un mail avec une clé pour le téléchargement, le mode d’emploi, et des codes pour accéder à l’espace privé qu’elle vous réserve sur son site. C’est sur cette page qu’il sera possible de suivre en live l’activité de l’appareil placé sous surveillance : lire les SMS et les mails, consulter la liste des appels sortants et entrants, suivre les déplacements GPS sur une carte… Quant aux conversations, elles peuvent être écoutées en direct sur son propre téléphone. Il est même possible de transformer le mobile piégé en micro d’ambiance, ce qui permet de suivre les conversations en dehors de toute communication. Les flics en ont rêvé…

Le portable est un tel cafteur que la société Thales, qui travaille pour la Défense nationale, a été chargée de se pencher sur le problème. Et elle a mis au point l’appareil le plus sûr du monde (?), le Teorem,réservé, dans un premier temps, au président de la République et aux membres du gouvernement. Extérieurement, il a un petit côté rétro, mais à l’intérieur, c’est le must, avec des composants cryptographiques de toute dernière génération. Un bijou dont même le prix est classé top-secret. Là, c’est Dominique Strauss-Kahn qui doit en rêver…

Alors qu’il dirigeait le FMI, le personnage était un véritable globe-trotter. Toujours la valise à la main (j’ai dit la valise). Donc, pas moyen de l’espionner par des méthodes classiques. La « réquise » à Orange, comme pour obtenir les fadettes d’un journaliste, ça ne marchait pas. Le seul moyen était de bidouiller son BlackBerry. Il serait, nous dit-on, tombé du placard en apprenant que l’un de ses messages avait mystérieusement atterri sur le bureau d’un membre de l’UMP. Le parti a démenti. Mais cela n’a guère d’importance, car ce détail lui aurait mis, si j’ose dire, la puce à l’oreille. Par parenthèse, on peut s’étonner de la naïveté de l’un des hommes les plus puissants de la planète et de l’incapacité des services de sécurité du FMI… En tout cas, les policiers qu’il fréquentait à l’époque n’étaient pas de bon conseil, du moins en ce domaine. Cependant, d’après Libération, le commissaire Lagarde l’aurait avisé qu’il était sur écoute. La DCRI, par exemple, sensibilise les hommes politiques ou les hommes d’affaires, notamment lorsqu’ils se déplacent à l’étranger. Premier conseil : ne jamais se séparer de son mobile. Et si c’est une condition imposée (ce qui est de plus en plus fréquent, tant l’espionnite gagne tout le monde), par exemple avant une réunion, elle recommande de retirer la batterie et la carte SIM. Ce qui entre nous n’est pas évident. L’Iphone va-t-il faire renaître la mode de l’épingle au revers de son veston ?

Donc, pour en avoir le cœur net, dès son arrivée en France, DSK compte faire examiner son BlackBerry par un technicien de confiance. Et si les choses s’étaient déroulées comme ça… On peut imaginer, comme dans la série Fringe, un univers parallèle où les gros titres de la presse n’auraient pas fait de lui un pervers accusé de viol, mais un homme politique d’envergure internationale, chouchou des français pour les Présidentielles, victime des barbouzes de son propre pays. Un scandale à l’envers. Ainsi va le monde parallèle…

Téléphone de Bell

Mais revenons sur terre. Si son téléphone était piégé, pour éviter le scandale, il était donc indispensable d’effacer de toute urgence les traces d’espionnage. Soit en l’empruntant quelques minutes, le temps de supprimer le logiciel pirate, soit en le dérobant. Tout cela avant que l’intéressé ne pose le pied sur le sol de notre beau pays. Une décision à prendre en quelques heures… Il fallait donc improviser. Ce qui va à l’encontre de la théorie du complot. On serait juste alors dans une minable affaire d’espionnage. Et le reste ne serait qu’un concours de circonstances. Une opportunité à saisir pour les opposants à M. Strauss-Kahn. Qu’ils soient en France ou aux États-Unis. Tout seul, il s’était mis la tête sous l’eau, on n’allait quand même pas lui tendre la main…

Ce n’est qu’une hypothèse parmi tant d’autres, mais je trouve l’histoire intéressante. Et dans ce cas, qui a volé le téléphone de DSK ? Les Français, les Américains, les Russes… Des tas de gens avaient intérêt à surveiller le directeur du FMI. Et même la justice, puisqu’il apparaissait dans l’affaire du Carlton de Lille. Or, dans une enquête pour proxénétisme en bande organisée, la loi permet aux juges de pirater le téléphone des protagonistes. Mais attention à bien faire la différence entre pirates et corsaires. Les premiers sont des brigands et les seconds sont mandatés par le Roi.

AFP / Livre: DSK confirme qu’il n’est  »pas engagé par les écrits » publiés

AFP 01/12/11

Dominique Strauss-Kahn s’est dit aujourd’hui « engagé ni par les écrits, ni par les déclarations de quiconque », jour de la sortie d’un livre de son biographe Michel Taubmann qui défend la thèse du complot dans l’affaire du Sofitel de New York.

« Face à la multiplication récente d’interprétations d’événements me concernant, je tiens à affirmer que je ne suis engagé ni par les écrits, ni par les déclarations ou témoignages de quiconque, souvent inexacts », selon un communiqué signé de Dominique Strauss-Kahn et transmis par son avocate Frédérique Baulieu. « Comme mes avocats ont eu l’occasion de le dire, je réserve mes explications à la justice, qu’elle soit française ou américaine », ajoute DSK dans ce bref communiqué.

Après le journaliste américain Edward Epstein, Michel Taubmann, biographe et ardent défenseur de Dominique Strauss-Kahn, défend la thèse d’un complot contre l’ex-favori à la présidentielle française, dont la femme de chambre américaine Nafissatou Diallo aurait été un maillon.

Dans un livre intitulé « Affaires DSK, la contre-enquête » (Editions du Moment), disponible dans certaines librairies jeudi, Dominique Strauss-Kahn regrette une « relation consentie mais stupide avec Nafissatou Diallo. Ce jour-là, j’ai ouvert la porte à toutes les autres affaires », admet-il. Ces affirmations ont été qualifiées de « délire total » par les avocats de la femme de chambre guinéenne, qui accuse DSK de l’avoir contrainte à une fellation dans une suite du  Sofitel de New York le 14 mai dernier.

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