Le Monde / Carlton : DSK cité le 15 mai dans les

Le Monde 10/12/11

À quelle date le nom de Dominique Strauss-Kahn apparaît-il dans le dossier du Carlton ? A quel moment le ministère de l’intérieur apprend-il que l’ex-présidentiable socialiste est mêlé à cette affaire de proxénétisme hôtelier instruite depuis le 28 mars à Lille ? La haute hiérarchie policière est formelle : le 15 mai, au lendemain de l’arrestation de DSK à New York, au moment où le procureur s’interroge sur une remise en liberté sous caution du patron du Fonds monétaire international, à Paris, on ne sait rien de tout cela.

La hiérarchie de la police, traditionnellement avertie du contenu des dossiers sensibles – notamment ceux dans lesquels figure le nom d’un homme politique – assure n’être alertée que cinq mois plus tard, en octobre, « dans les jours qui précèdent les interpellations, et au moment des premières auditions », précise l’un de ses responsables au Monde. « Je n’ai jamais entendu parler de cette affaire avant que tout cela ne sorte dans les journaux,abonde Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur. D’ailleurs, mon service ne traite pas de ces affaires qui relèvent de la police judiciaire. »

Selon la connaissance actuelle que Le Monde a du dossier, le nom de DSK apparaît pour la première fois dans l’enquête le 15 mai, sur des écoutes téléphoniques. A l’époque le dossier du Carlton n’est encore qu’une banale affaire de proxénétisme hôtelier lancée en février, sur la base de renseignements venus de Belgique. Plusieurs personnes sont sur écoute.

« FAIS GAFFE À TOI »

Depuis le matin, « l’incident » du Sofitel inonde les ondes. A 16 h 33, Dodo la Saumure, un Français soupçonné de se livrer au proxénétisme en Belgique, appelle son ami René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton à Lille :« T’as vu, euh, Strauss-Kahn ? » René : « J’suis au courant, (…) j’ai vu l’commissaire (Jean-Christophe Lagarde) qui v’nait de l’quitter (…), parce que c’est son pote et y était à Washington avec lui. »

Les jours suivants, M. Kojfer n’en finit pas de commenter la nouvelle. Ainsi, le 24 mai, avec un ancien policier « fais gaffe à toi (…) le FBI (…) est sur ton dos parce que t’as ramené Strauss-Kahn chez Dodo, on m’a dit ». Le 8 juin, il propose même« un gros coup à faire » à son ami Denis Gumez, l’ex-chef de la brigade des moeurs à Lille : « Qu’est-ce que tu en penses, j’ai deux filles qui témoigneraient éventuellement contre Strauss-Kahn (…). Kenneth Thompson (l’avocat de Nafissatou Diallo), il cherche des (…) filles (…) qui auraient été un peu bousculées. »

La hiérarchie policière jure ne pas avoir eu connaissance de ces conversations à l’époque. « Ce jour-là, toute la France commente la nouvelle. Pourquoi prêter plus attention à ces échanges qu’à d’autres ?« , explique l’un d’eux. Dans le Journal du dimanche du 4 décembre, le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, affirmait pour sa part avoir découvert l’existence du nom de Strauss-Kahn dans ce dossier« qu’après les vacances d’été ».

Emeline Cazi et Ariane Chemin

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Le Monde / Une note policière sur la vie privée de DSK avait bien été rédigée fin 2006

Le Monde 05.12.11 par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Claude Guéant a finalement reconnu, dans un entretien accordé au Journal du dimanche du 4 décembre, que le pouvoir détenait depuis plusieurs années des informations sur la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Interrogé sur le fait de savoir si l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) avait été interpellé au mois de décembre 2006 dans le bois de Boulogne, un lieu fréquenté par les prostituées parisiennes, le ministre de l’intérieur a répondu :« Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle M. Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit, lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là! »

M. Guéant confirme ainsi les informations contenues dans un article publié par Le Monde le 25mai dans lequel il était expliqué que l’Elysée, informé par la police de la vie intime des personnalités, n’hésitait pas à en faire état auprès de journalistes réputés « sûrs » afin de discréditer ses cibles.

Des proches du chef de l’Etat avaient ainsi tenté de faire fuiter, au début de cette année, le contenu d’une note visant DSK, avant d’y renoncer – provisoirement – du fait de son arrestation à New York. L’article évoquait ainsi « une note, rédigée peu avant la présidentielle de 2007, par un policier de la base, (…) signalant la présence de M. Strauss-Kahn, surpris en fâcheuse posture dans une voiture, à l’ouest de Paris, dans un haut lieu des rencontres tarifées ».

Selon plusieurs sources, cette note administrative fut ensuite passée à la broyeuse, mais son contenu divulgué à quelques journalistes lorsqu’il apparut que Dominique Strauss-Kahn serait le principal adversaire de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012.

En mai 2011, ces informations avaient pourtant été vivement démenties par lepouvoir. Alain Gardère, à l’époque directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant au ministère de l’intérieur, avait été jusqu’à nier l’existence de cette note dans une réponse au député socialiste Jean-Jacques Urvoas. Ce dernier l’avait interpellé par courrier après la parution de l’article du Monde.

« S’agissant de M. Strauss-Kahn, après recherches, il apparaît bien qu’aucun compte rendu administratif concernant sa vie privée n’existe, et a fortiori n’a circulé en provenance de la police », avait répondu, le 8 juillet, l’ancien patron de la sécurité publique parisienne. « Je veux donc réfuter avec force les insinuations ou accusations calomnieuses d’œuvres de basse police qui discréditent sans fondement la police nationale », avait assuré M. Gardère, nommé fin août préfet délégué à la sécurité à Marseille.

Le fait que M. Guéant ait finalement décidé d’exploiter le contenu de cette note relative à la vie privée de M. Strauss-Kahn – qui n’avait commis aucun délit lors de sa brève interpellation fin 2006 – intervient alors que réapparaissent, ces derniers jours, des rumeurs suggérant que l’ex-directeur du FMI aurait pu être victime d’un piège, voire d’un complot, mené par l’UMP afin de le « faire tomber » à New York dans une affaire de mœurs.

La sortie de M.Guéant lui a valu de vives critiques de l’opposition, dimanche. Sur Radio J, le député (PS) de l’Essonne Julien Dray a déclaré que les ministres de M.Sarkozy « ont tendance à considérer qu’une manière de régler les conflits politiques, c’est d’utiliser les officines, les ragots ».

L’ancien premier ministre Laurent Fabius a estimé, pour sa part, qu’un ministre de l’intérieur devait « s’occuper d’autre chose que des poubelles »« On vous pose une question : vous êtes au courant et vous dites pas la vérité? Claude Guéant le dit et il a entièrement raison », a de son côté justifié le ministre du travail, Xavier Bertrand, sur France 3.

Marianne / Affaire DSK : la Sarkozye et le NYPD main dans la main ?

Frédéric Ploquin – Marianne | Jeudi 9 Juin 2011

La police de New York a fait montre d’un zèle certain dans le traitement de l’affaire DSK. Peut-on pour autant parler d’un excès de zèle ? Voire, comme le suggèrent certains strausskahniens, d’une enquête entièrement sous contrôle ?

Si l’on s’en tient aux faits, nombre d’agressions sexuelles commises dans les hôtels n’arrivent pas aux oreilles de la police, même à New York. Il s’en est ainsi fallu de peu qu’un homme d’affaires égyptien de 72 ans, qui n’avait probablement pas lu la presse, ne passe aux travers des mailles du filet quelques jours après DSK : le manager de l’hôtel, un établissement bien plus chic que celui où logeait l’ancien champion socialiste, le Pierre, a renvoyé chez elle la femme de ménage qui se plaignait d’agression sexuelle. Ce n’est que deux jours plus tard, alors qu’elle a rapporté les faits à un autre manager, que l’Egyptien a été arrêté et envoyé dans la prison où DSK a passé une nuit.Le « frenchy », lui, n’a pas eu de répit : il a été rattrapé à bord de l’avion d’Air France peu avant son décollage de l’aéroport JFK. Le fait que le personnel du Sofitel soit particulièrement syndiqué, fait rare aux Etats-Unis, n’y est pas étranger. Le profil du chef de la sécurité a aussi pesé dans la balance : ancien du FBI, il connaît les arcanes de la police et de la justice. C’est lui qui a transmis à la victime, Nafissatou Diallo, 32 ans, la carte de visite de l’avocat Jeff Shapiro.

Il était autour de 14 heures, ce samedi 14 mai. 20 heures à Paris. La police a été contacté par le biais du numéro d’urgence, le 911, et c’est le commissariat le plus proche qui est d’abord intervenu. C’est après que les choses se sont très rapidement emballées, donnant l’impression que l’on a voulu faire de cette histoire  (un membre du petit personnel agressé par un VIP) un cas d’école. Une sorte d’exemple, comme pour montrer que le rêve américain n’est pas seulement du vent vendu aux gogos. Parce que l’auteur présumé de cette agression sexuelle est français ? Parce qu’il est socialiste ? Parce qu’il n’appartient pas à l’élite blanche et protestante américaine ?

Les adeptes de la théorie du complot voient au delà. De quoi se nourrissent-ils ? Le responsable international de la sécurité de la chaine Sofitel est un ancien commissaire de police français, René-Georges Querry (qui ne parle pas un mot d’anglais). Un commissaire de police français est affecté en permanence auprès du NYPD, c’est d’ailleurs lui qui le premier récupère l’information et la transmets à son supérieur en France, Emile Perez, patron de la coopération policière, ancien secrétaire général du syndicat des commissaires et co-auteur de nombreux ouvrages avec Alain Bauer, le grand manitou de la sécurité en France, mais surtout le criminologue le plus écouté de l’Elysée. Emile Perez n’a pas attendu, cette nuit-là, pour réveiller ses deux supérieurs directs, le directeur général de la police et le directeur général de la gendarmerie.

« Des éléments concordants montrent que le gouvernement français a été informé en temps constant, affirme un responsable socialiste proche de DSK. Sarkozy a été prévenu dans la nuit et il s’est rendormi, ce qui n’est probablement pas le cas de Claude Guéant ». Il ne restait désormais qu’à démasquer le patron du NYPD pour boucler la boucle et suggérer que l’opération anti-DSK a été orchestrée entre Paris et Manhattan. Raymond Kelly, un Irlandais de 60 ans, est considéré comme un démocrate. Chef de la police de New-York en 1991, il en a été écarté par les Républicains, qui l’ont envoyé en mission en Haïti. Il est ensuite devenu sous-secrétaire d’Etat au Trésor, d’où il a supervisé les grandes agences d’enquête jusqu’en 2000, avant de prendre la direction des douanes. Bush élu, il fait un crochet par le monde des banques, jusqu’au jour où le maire de New York, Michael Bloomberg, vient le chercher pour le remettre à la tête du NYPD. « C’est un pragmatique, un vrai flic », dit de lui un commissaire français. Un flic que l’on voit souvent à Paris, et pas seulement pour assister à la remise d’une décoration à Alain Bauer par Nicolas Sarkozy. Il dispose d’un service de renseignement qui n’a rien à envier à la CIA, dirigé par un ancien numéro 2 de ce service, d’un sécurité publique et d’une PJ…

Un parcours et un profil qui ont de quoi alimenter la suspicion, mais du côté de la Place Beauvau, on maintient que le NYPD n’a jamais transmis le moindre rapport à la police française. « On distille ces soupçons pour discréditer la victime, affirme même un commissaire français, alors que la chose qui compte, c’est ce qui s’est passé ce jour-là entre 12 heures et 12 heures 28, dans la suite occupée par Dominique Strauss-Kahn ».

Les policiers français auraient donc été informés très rapidement du fait qu’une plaignante, « female, black, 32 », accusait DSK d’agression sexuelle. Les Américains auraient-ils pris le risque d’en transmettre davantage au risque de fragiliser une procédure délicate ? Pas sûr que la prospérité de l’amicale des chefs de la police montée par Raymond Kelly et ses amis français passe avant les règles de la police new-yorkaise. Ni que le chef de la « Special victims division », en charge des abus sexuel se soit prêté à une quelconque manipulation.
« DSK a été traité comme Madoff, ni plus ni moins, assure un avocat new-yorkais. C’est un signe envoyé au peuple à qui l’on veut faire croire que tout le monde est au même niveau, le petit personnel comme les VIP. DSK nourrit à ses dépens le rêve américain, dont nous savons tous qu’il n’est qu’une façade ».
« L’hypothèse d’un complot monté par les services de renseignement était plausible dans la première affaire, celle de l’employée hongroise du FMI, tranche un responsable de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Pour cette fois, c’est plus compliqué, sauf à imaginer que la jeune femme ait été recrutée par les services et téléguidée jusque dans la suite du Sofitel… » Une hypothèse dont ne manqueront pas de s’emparer les avocats de DSK, qui feront feu de tout bois jusqu’au jour d’un éventuel procès.

Libération / DSK : l’Etat français aggrave son cas

Libération 10/12/11

ANALYSE

En appelant le bureau du procureur de New York pour lui livrer des informations concernant l’affaire du Carlton de Lille, deux hauts fonctionnaires français ont trangressé la loi.

Par ERIC DECOUTY

C’est une affaire dans l’affaire. Le soupçon d’une intervention de l’Etat français dans le scandale du Sofitel. Les faits sont simples. Comme Libérationl’a révélé vendredi, deux hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay et du ministère de la Justice ont alerté, le 15 mai, les services du procureur de New York sur la possible implication de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Carlton de Lille. Une démarche qui aurait eu une incidence directe sur l’incarcération de DSK, le lendemain, à la prison de Rikers Island.

Si les autorités françaises ont apporté vendredi un démenti vigoureux, les services du procureur de New York, n’ont nullement nié l’intervention de Paris, se contentant d’expliquer que «le dossier était protégé par le tribunal»américain (lire aussi page 4). Mais si cette affaire est susceptible d’éclairer d’une lumière crue certaines pratiques au plus niveau de l’Etat, elle n’est pas de nature à remettre en cause le fond du dossier du Sofitel.

L’intervention de deux ministères et les faits d’agression sexuelle reprochés à DSK contre Nafissatou Diallo constituent clairement deux chapitres distincts de l’histoire. L’intrusion de l’Etat dans la procédure américaine ne peut en aucun cas dédouaner l’ancien patron du FMI des accusations qui ont été portées contre lui. Elles ne peuvent également nourrir l’hypothèse d’un quelconque complot. En revanche, elles renforcent l’hypothèse de la surveillance étroite dont faisait l’objet le favori des sondages pour l’élection présidentielle. Et de la connaissance approfondie qu’avaient les services français de la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Libération revient dans le détail sur les principales questions que posent les appels téléphoniques du dimanche 15 mai au bureau du procureur Cyrus Vance Jr.

QUI A TéLéPHONé LE 15 MAI ?

Selon nos informations, ce sont bien deux conseillers, l’un officiant au Quai d’Orsay et l’autre au ministère de la Justice, qui ont transmis des informations à John McConnell, l’adjoint du procureur Cyrus Vance Jr., le 15 mai, au lendemain de l’interpellation de Dominique Strauss-Kahn.

Ces appels seraient intervenus «dans l’après-midi» (heure new-yorkaise), après que les avocats de Dominique Strauss-Kahn eurent négocié un accord avec le bureau du procureur pour sa remise en liberté, contre le versement d’une caution (250 000 dollars ou plus, le chiffre n’était pas définitivement fixé). Cet accord avait été obtenu à 16 heures, avant que le procureur ne change d’avis à 20 heures.

Longuement interrogés à plusieurs reprises par Libération, les deux conseillers ont démenti avoir passé ces coups de téléphone, et parlent de«manipulations et d’informations inventées». Mais ils suggèrent également«qu’on a pu utiliser leur ligne de téléphone». Il reste néanmoins troublant que leurs noms apparaissent bel et bien dans le dossier Strauss-Kahn à New York.

QUELLES INFORMATIONS ONT éTé DONNéES ?

Lorsqu’il intervient devant la juge Melissa Jackson, le lundi 16 mai, pour s’opposer à la remise en liberté sous caution de DSK, John McConnell précise avoir obtenu «des informations supplémentaires [à propos de DSK] sur une base quotidienne concernant sa conduite et ses antécédents [«background»en anglais]». Il ajoute : «Certaines de ces informations comportent le fait qu’il a en réalité eu une conduite similaire à celle qui lui est reprochée par la plaignante à aumoins une autre occasion.» Tout le monde spécule alors sur le fait que le bureau du procureur a eu vent de l’affaire Tristane Banon. Mais, selon les sources contactées par Libération, les «informations supplémentaires» dont fait part John McConnell vont plus loin. Lors des deux appels passés depuis les ministères français, des références auraient ainsi été faites à l’éventuelle implication de Dominique Strauss-Kahn «dans une affaire de prostitution dans le Nord de la France». Une référence claire à l’affaire du Carlton de Lille. Un dossier qui est pourtant couvert par le secret de l’instruction.

QUE SAVAIT-ON DE L’AFFAIRE DU CARLTON LE 15 MAI ?

Publiquement strictement rien. Ce n’est qu’au mois d’octobre que l’affaire est apparue dans la presse avec la révélation d’un réseau de prostitution lié à l’hôtel Carlton de Lille. Dans la foulée, le nom de Dominique Strauss-Kahn a été cité comme ayant participé à des parties fines avec des chefs d’entreprises et des policiers. Le 15 mai, les deux hauts fonctionnaires qui auraient conversé avec le procureur Vance ne peuvent donc prétendre avoir entendu parler de l’affaire du Carlton dans la presse…

A cette date, les juges de Lille, Stéphanie Ausbart et Mathieu Vigneau, enquêtent depuis le 28 mars sur un dossier de «proxénétisme aggravé en bande organisée, association de malfaiteur et blanchiment». Tout est parti, un mois plus tôt, d’écoutes téléphoniques qui ont permis de mettre au jour un réseau de proxénétisme. Des cadres du Carlton et un proxénète résidant en Belgique sont vite dans le collimateur des enquêteurs mais, au 15 mai, aucune poursuite n’a été formellement engagée. Quant au nom de Dominique Strauss-Kahn, il apparaît littéralement dans la procédure, à travers de nouvelles écoutes, le 15 mai. Deux acteurs de l’affaire du Carlton commentent en effet ensemble l’épisode de la veille au Sofitel de New York.

En revanche, il est vraisemblable, que les policiers aient été de longue date au courant des relations de DSK avec certains milieux lillois. Bien avant que son nom n’apparaisse officiellement dans la procédure.

L’INTERVENTION EST-ELLE LéGALE ?

L’affaire du Carlton de Lille, comme toute information judiciaire est couverte par le secret de l’instruction. Au 15 mai, seuls les juges, le parquet et la police, ont connaissance de l’enquête. Aucune personne n’ayant été mise en examen, pas un seul avocat n’a pu avoir accès au dossier.

Toutefois, de façon parfaitement légale, le parquet de Lille a pu faire un rapport à sa hiérarchie, remonté à la chancellerie. De la même manière, comme dans tous les «dossiers signalés» (ce qui était le cas du Carlton), il est tout à fait plausible que les services de police aient rendu compte, dans le détail, de leurs investigations à la Direction générale de la police nationale (DGPN), place Beauvau.

Les cabinets des ministres de l’Intérieur et de la Justice pouvaient donc avoir connaissance de la procédure et de son «environnement», c’est-à-dire des développements à attendre de l’enquête.

Mais tous sont strictement soumis au secret de l’instruction avec interdiction de le violer sous peine de poursuites pénales… De surcroît, les échanges judiciaires entre Etats sont strictement soumis à des procédures d’entraide, très précises. S’il est avéré que des services de l’Etat ont parlé de l’affaire du Carlton à la justice américaine, le 15 mai, cette intrusion est donc totalement illégale.

LES QUESTIONS ENSUSPENS

Si Cyrus Vance Jr., le procureur de New York, confirme publiquement les coups de fil des deux ministères français, il renforcera le soupçon de la «surveillance» étroite dont faisait l’objet DSK par les services de renseignement. Le 28 avril, lors d’un déjeuner avec Libération, Strauss-Kahn disait redouter les mauvais coups et confiait avoir de fortes présomptions d’être surveillé. Au plus haut niveau et jusqu’à l’Elysée.

Libération / DSK : l’appel du Quai d’Orsay au procureur

Libération 09/12/11

INFO LIBE Selon nos révélations, des fonctionnaires de deux ministères français auraient, dès le 15 mai, informé Cyrus Vance Jr. de l’affaire de prostitution à Lille.

Par FABRICE ROUSSELOT De notre correspondant à New York

Si la journée du 14 mai est au centre de toutes les attentions depuis deux semaines dans l’affaire du Sofitel, les événements qui se sont déroulés le lendemain suscitent, eux aussi, des interrogations légitimes. Selon des informations obtenues par Libération, recoupées auprès de plusieurs sources, un accord avait été conclu entre les avocats de Dominique Strauss-Kahn et le bureau du procureur Cyrus Vance Jr. le dimanche 15 mai quant à la libération sous caution du directeur du FMI. Avant que les procureurs ne changent d’avis en fin de soirée sans en donner la raison et décident finalement de s’opposer à la remise en liberté devant la cour criminelle de Manhattan.

Caution. Dès son interpellation à l’aéroport Kennedy le samedi, DSK avait été acheminé par la police vers la Special Victims Unit, un commissariat de Harlem spécialisé dans les affaires de mœurs. C’est là que ses avocats, William Taylor et Benjamin Brafman, viendront le rejoindre le dimanche. Selon nos informations, quand les deux hommes quittent le commissariat vers 16 heures, ils ont alors un accord avec le bureau du procureur pour libérer DSK contre versement d’une caution. La dernière somme discutée est de 250 000 dollars (187 400 euros), «même si cela peut encore évoluer».Mais, à 20 heures, la défense de DSK aurait reçu un coup de téléphone de Lisa Friel, la chef du bureau du procureur en charge des crimes sexuels, pour annoncer «que les choses avaient changé et qu’il n’y avait plus d’accord sur la caution».

Plus troublant, trois sources différentes, contactées par Libération, font état de deux coups de téléphone «français» passés dans l’après-midi du 15 mai à John «Artie» McConnell, l’un des adjoints du procureur en charge de l’affaire. Deux de ses sources parlent d’appels émanant de deux fonctionnaires, l’un travaillant pour le ministère des Affaires étrangères et l’autre pour le ministère de la Justice français. Des éléments auraient alors été transmis à John McConnell sur l’affaire Tristane Banon mais également sur une éventuelle implication de DSK «dans une affaire de prostitution dans le nord de la France». Ce qui ressemble à une référence au scandale du Carlton de Lille. Un dossier pourtant couvert par le secret de l’instruction.

Intervention. Dès le lendemain, le 16 mai, le même John McConnell affirmait devant la juge Melissa Jackson «avoir reçu des informations selon lesquelles [DSK] avait une conduite similaire à celle qui lui est reprochée par la plaignante à au moins une autre occasion» afin de justifier son incarcération. Sans autre explication. Si ces informations sont confirmées, elles seraient explosives, puisqu’elles signifieraient une intervention française très rapide pour partager des éléments à charge contre DSK, et qui auraient eu pour conséquence de l’envoyer dans la prison de Rikers Island. Joint parLibération, le bureau de Cyrus Vance Jr. a dit «ne pas vouloir commenter».Lisa Friel, qui avait ensuite été déchargée du dossier DSK et travaille désormais dans le privé, a fait savoir, par l’intermédiaire de sa porte-parole, qu’il fallait «renvoyer toutes les questions au bureau du procureur», en assurant qu’elle n’avait pas participé directement aux discussions sur la caution. Les deux fonctionnaires aux ministères des Affaires étrangères et de la Justice nous ont formellement et «catégoriquement» démenti avoir appelé les procureurs. Une façon de répondre à ces nouvelles questions serait peut-être pour Cyrus Vance Jr. de diffuser l’intégralité du rapport qu’il a rendu public le 22 août pour justifier l’abandon des poursuites contre DSK. Le document remis à la presse faisait alors 25 pages mais, selon nos informations, il comptait 70 pages dans sa forme originelle, et notamment de nombreux détails sur le 15 mai…

(video) Liberation / «Allô la police de New York ? Ici le Sofitel»

Libération 08/12/11

Retrouvez en intégralité (4 minutes et 27 secondes) l’appel des agents de sécurité du Sofitel à la police de New York pour signaler l’agression sexuelle sur l’employée Nafissatou Diallo le 14 mai 2011.

Cet enregistrement a été mis en ligne par le journaliste Edward Jay Epstein, qui diffuse aussi la scène de l’appel filmée par une caméra de surveillance dans une version plus longue que diffusée par la télévision hier. Nafissatou Diallo est assise et attend pendant que la sécurité appelle la police (voir la vidéo).

TAPE A–THE SECURITY BOOTH

TAPE B- THE VICTORY DANCE IN SLOW MOTION

TAPE C- THE AUDIO OF THE 911 CALL

(communiqué) DSK : Le Quai d’Orsay doit rendre public les éléments transmis au Procureur de NYC

Le Quai d’Orsay doit rendre public les élements transmis au Procureur Cyrus Vance Jr qui ont empêché la libération sous caution du DG du FMI en laissant entendre que Dominique Strauss-Kahn était condamné pour des affaires similaires en France !… DSK n’ayant jamais été condamné pour des faits similaires, et faisant l’objet d’une présomption d’innocence pour les éventuels dossiers en cours d’instruction en France, ces informations sont extrêmement surprenantes et mettent en lumière des pratiques douteuses du Ministre de la Justice pour tenter de mettre en difficulté DSK ! Ce sont bien ces informations transmises qui ont modifié l’accord de libération sous caution qui était approuvé pour jeter DSK a Rickers Island comme s’il s’agissant d’un coupable rédiciviste, ce qu’il n’a jamais été. Ces accusations sont très graves, en violation totale avec les principes du Droit et de la Justice française et nous interroge sur une volonté politique de l’Elysée de nuire a Dominique Strauss-Kahn, voire de provoquer la chute du Directeur d’une institution internationale en lice dans la course présidentielle !… Ce serait une ingérence incongrue dans la Justice américaine qui serait d’autant plus incompréhensible que la France est censée aider et protéger ces concitoyens soumis a des juridictions étrangères…

Le Club DSK demande au Garde des Sceaux d’apporter toute la lumière sur cette affaire. Le cas échéant, nous demandons instamment que la Justice française ouvre une enquête sur cette intrusion politique dans la Justice Républicaine ! Les conséquences sur le cours de la Justice ayant été lourdes, l’on peut supposer que les conséquences d’une implication du pouvoir en place le serait d’autant plus si elle était avérée…

Au-delà de l’Affaire du Sofitel, nous demandons également des éclaircissements sur la « French Connection » entre Accor, l’Elysée et l’UMP qui semble compromettante pour le Président sortant ! Le « BlackBerry Gate », malgré toute les révélations qui ont été faites, n’a pas encore livré toute sa vérité. Nous espérons toujours l’ouverture d’une enquête préliminaire du Parquet pour se saisir de ce scandale politique, qui s’il était avéré, serait un tremblement de terre pour notre démocratie…

Pour Antonio Duarte, Président du Club DSK « Ces faits d’une lourde gravité mettent directement en cause le gouvernement français qui aurait joué un rôle direct dans la chute de Dominique Strauss-Kahn le 15 mai 2011 en modifiant le cours de la Justice américaine !… Le Président de la République, qui est le garant des institutions, devra rendre des comptes aux citoyens sur son implication personnelle. Les français sont en droit de savoir si nous avons toujours des pratiques dignes d’une grande démocratie ou si le pouvoir utilise de basses méthodes pour écouter et faire tomber ses principaux adversaires politiques !…. »

Paris, le 9 décembre 2011

(communiqué) Sofitel : le scénario officiel mis a mal par une « explosition intense de joie » !…

La bande vidéo du Sofitel rendue publique aujourd’hui sur BFM TV montre clairement une « explosion intense de joie et de congratulations» de plus de dix secondes dans un local de service a l’abri des regards indiscrets, et qui demeure extrêmement surprenante compte tenu du scénario officiel livré au public !… Les deux responsables d’Accor n’ont absolument pas une tête d’enterrement qui aurait été davantage de circonstance et met en difficulté la version du groupe Accor. L’amnésie partielle – et très limitée dans le temps – sur le motif de cette manifestation ostentatoire de joie des deux responsables est encore plus surprenante et met en doute sur les motivations réelles de leur attitude, en relation avec les appels de leurs supérieurs hiérarchiques !

La bande vidéo du Sofitel rendue publique aujourd’hui sur BFM TV montre clairement une « explosion intense de joie et de congratulations» de plus de dix secondes dans un local de service a l’abri des regards indiscrets, et qui demeure extrêmement surprenante compte tenu du scénario officiel livré au public !… Les deux responsables d’Accor n’ont absolument pas une tête d’enterrement qui aurait été davantage de circonstance et met en difficulté la version du groupe Accor. L’amnésie partielle – et très limitée dans le temps – sur le motif de cette manifestation ostentatoire de joie des deux responsables est encore plus surprenante et met en doute sur les motivations réelles de leur attitude, en relation avec les appels de leurs supérieurs hiérarchiques !

La vidéo ne concorde en rien avec le scénario qui a été livrée en pâture aux médias américains et qui a permis l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, supposé en fuite… L’on voit clairement le calme de DSK, l’absence de handicap physique de la plaignante, le délai très important avant de prévenir le NYPD et le clou du spectacle, le « haka » festif des deux responsables du Sofitel !… Nous n’avons pour l’heure aucun élément d’explication objectif, mais cela contredit clairement la version officielle de l’accusation, qui avait déjà été mis en doute par le Procureur Cyrius Vance Jr qui a disculpé Dominique Strauss-Kahn de l’ensemble des charges a son encontre. Nous pouvons légitimement nous interroger sur le véritable scénario du film dont on découvre les scènes enlevées du final cut livré a la presse mondiale et que le groupe Accor ne souhaitait pas rendre public !… Nous espérons connaître bientôt la fin du film pour faire toute la lumière sur les ressorts de cette affaire, dont beaucoup de chapitres demeures intexpliqués…

Au-delà de l’Affaire du Sofitel, il demeure aussi la « French Connection » entre Accor, l’Elysée et l’UMP qui reste a éclaircir et qui semble compromettante pour le pouvoir en place ! Le « BlackBerry Gate », malgré toute les révélations qui ont été faites, n’a pas encore livré toute sa vérité. Nous espérons toujours l’ouverture d’une enquête préliminaire du Parquet pour se saisir de ce scandale politique, qui s’il était avéré, serait un tremblement de terre pour notre démocratie…

Paris, le 8/12/11

BFM TV / La Vidéo du Sofitel

BFMTV 08/12/11

http://www.bfmtv.com/affaire-dsk-la-video-du-sofitel-de-new-york-actu20189.html

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Le Monde / Une note policière sur la vie privée de DSK avait bien été rédigée fin 2006

Le Monde 05.12.11 par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Claude Guéant a finalement reconnu, dans un entretien accordé au Journal du dimanche du 4 décembre, que le pouvoir détenait depuis plusieurs années des informations sur la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Interrogé sur le fait de savoir si l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) avait été interpellé au mois de décembre 2006 dans le bois de Boulogne, un lieu fréquenté par les prostituées parisiennes, le ministre de l’intérieur a répondu :« Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle M. Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit, lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là! »

M. Guéant confirme ainsi les informations contenues dans un article publié par Le Monde le 25mai dans lequel il était expliqué que l’Elysée, informé par la police de la vie intime des personnalités, n’hésitait pas à en faire état auprès de journalistes réputés « sûrs » afin de discréditer  ses cibles.

Des proches du chef de l’Etat avaient ainsi tenté de faire fuiter, au début de cette année, le contenu d’une note visant DSK, avant d’y renoncer – provisoirement – du fait de son arrestation à New York. L’article évoquait ainsi « une note, rédigée peu avant la présidentielle de 2007, par un policier de la base, (…) signalant la présence de M. Strauss-Kahn, surpris en fâcheuse posture dans une voiture, à l’ouest de Paris, dans un haut lieu des rencontres tarifées ».

Selon plusieurs sources, cette note administrative fut ensuite passée à la broyeuse, mais son contenu divulgué à quelques journalistes lorsqu’il apparut que Dominique Strauss-Kahn serait le principal adversaire de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012.

En mai 2011, ces informations avaient pourtant été vivement démenties par le pouvoir. Alain Gardère, à l’époque directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant au ministère de l’intérieur, avait été jusqu’à nier l’existence de cette note dans une réponse au député socialiste Jean-Jacques Urvoas. Ce dernier l’avait interpellé par courrier après la parution de l’article du Monde.

« S’agissant de M. Strauss-Kahn, après recherches, il apparaît bien qu’aucun compte rendu administratif concernant sa vie privée n’existe, et a fortiori n’a circulé en provenance de la police », avait répondu, le 8 juillet, l’ancien patron de la sécurité publique parisienne. « Je veux donc réfuter avec force les insinuations ou accusations calomnieuses d’œuvres de basse police qui discréditent sans fondement la police nationale », avait assuré M. Gardère, nommé fin août préfet délégué à la sécurité à Marseille.

Le fait que M. Guéant ait finalement décidé d’exploiter le contenu de cette note relative à la vie privée de M. Strauss-Kahn – qui n’avait commis aucun délit lors de sa brève interpellation fin 2006 – intervient alors que réapparaissent, ces derniers jours, des rumeurs suggérant que l’ex-directeur du FMI aurait pu être victime d’un piège, voire d’un complot, mené par l’UMP afin de le « faire tomber » à New York dans une affaire de mœurs.

La sortie de M.Guéant lui a valu de vives critiques de l’opposition, dimanche. Sur Radio J, le député (PS) de l’Essonne Julien Dray a déclaré que les ministres de M.Sarkozy « ont tendance à considérer qu’une manière de régler les conflits politiques, c’est d’utiliser les officines, les ragots ».

L’ancien premier ministre Laurent Fabius a estimé, pour sa part, qu’un ministre de l’intérieur devait « s’occuper d’autre chose que des poubelles »« On vous pose une question : vous êtes au courant et vous dites pas la vérité? Claude Guéant le dit et il a entièrement raison », a de son côté justifié le ministre du travail, Xavier Bertrand, sur France 3.

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